Article extrait du Cri du Contribuable numéro 12, publié le 26 mai 2006… et toujours d’actualité !
Avec vingt heures de travail hebdomadaire effectif et des avantages à faire pâlir d’envie leurs collègues étrangers nettement moins nombreux, les contrôleurs aériens français pratiquent à leur manière le service minimum mais souvent à sens unique et trouvent encore des raisons de se lamenter sur leur sort, en partisans de l’éternel « toujours plus » au non de la sécurité… de leur emploi.
À l’évidence, les contrôleurs aériens français se portent bien et, mieux, se font du gras si l’on considère la situation de leurs collègues étrangers. Il apparaît en effet que leur charge de travail est 6,5 fois moindre que celle de leurs homologues américains, et 2,5 fois moins importante que celle des Britanniques ou des Allemands tout aussi qualifiés, tout aussi préoccupés par la sécurité de leurs vols, et tout aussi performants.
Si nul ne conteste leurs compétences, ils devraient néanmoins méditer devant les chiffres: 4 113 contrôleurs aériens en France, contre 1 650 au Royaume-Uni, 1 700 en Allemagne et 1 600 en Italie. C’est là une des anomalies dénoncées régulièrement par la Cour des comptes, des commissions parlementaires et l’Institut français de recherches sur les administrations publiques (iFRAP), lequel a constaté que les contrôleurs aériens français et les personnels de la DGAC (Direction générale de l’aviation civile) « ont une productivité particulièrement faible alors qu’ils bénéficient d‘avantages nombreux et injustifiés : salaires, primes, temps de travail, etc. »
Des dérives
En 2002, dans son rapport sur le contrôle de la navigation aérienne, la Cour des comptes n’hésitait pas à dénoncer les dérives d’une politique des effectifs dictée par les syndicats à travers des protocoles triennaux qui ont amené une accumulation de mesures sans équivalent dans la fonction publique: refonte constante des statuts, création de nombreux emplois budgétaires, progression substantielle des rémunérations principales et accessoires, auxquelles ne répondent guère de contreparties en terme d’organisation du travail.
En particulier, la « durée de “temps de présence” et de “tenue de poste” française est, avec l’Italie, pays où les contrôleurs aériens sont moins rémunérés, la plus basse en Europe. » Si la moyenne européenne varie de 35 à 38 heures pour le temps de présence et d’environ 30 heures pour la tenue de poste, elle est en France de 32 heures dont 20 à 24 heures de tenue de poste effective. S’agissant du temps de travail, les contrôleurs aériens français jouissent ainsi de la situation la plus favorable en Europe, avec un salaire mensuel qui oscille entre 4 000 et 8 000 euros, y compris les primes (70 % de l’ensemble).
Fonctionnaires, les aiguilleurs du ciel français, qui tirent une partie de leur salaire des redevances aéronautiques, bénéficient en plus d’un statut spécial qui prévoit des dérogations particulières au statut de la fonction publique. Ils jouissent notamment d’avantages définis dans une loi du 31 décembre 1989: « classement hors catégorie pour leurs indices de traitement », limite d’âge fixée à – 57 ans, octroi d’une majoration de la pension servie, égale au cinquième du service effectif – dans la limite de cinq ans ou « bonification du cinquième », « allocation temporaire complémentaire » servie pendant huit ans aux retraités pour améliorer leur revenu de remplacement.
Tour d’ivoire