Le courage de dire, la volonté de faire
Stéphane Buffetaut
Premier vice-président du CNI
Les enfants d'abord
Par une interprétation dune jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, le tribunal administratif de Besançon vient denjoindre au Conseil général du Jura de donner son agrément à une adoption par une femme
homosexuelle vivant en couple.
Cette décision, au-delà de la controverse juridique, a ranimé le débat sur lhomoparentalité. Madame Aubry, chef dun parti en déroute politique et idéologique, a aussitôt enfourché ce vieux cheval de bataille pour affirmer quelle était favorable au mariage des homosexuels et de la possibilité pour dadopter. Sans doute a-t-elle considéré quil y avait là quelques voix à récupérer avant les élections régionales. Mais elle sest également coulée dans le moule de lhabituelle dérive soixante-huitarde du parti socialiste, qui recherche frénétiquement tout ce qui peut être de nature à déstabiliser la société en faisant primer les volontés et désirs individuels sur le bien commun.
Néanmoins, le sujet est trop sérieux pour lenfermer dans la polémique et les prises de position passionnelles. Il nécessite un certain recul pour éviter de se laisser aller aux réactions émotionnelles et superficielles si caractéristiques de notre époque.
La vérité est que le vivant est organisé et structuré par la différence et la complémentarité des sexes. Cest vrai pour une grande partie du monde végétal, pour le règne animal et bien sûr lhumanité.
Pas denfant donc sans un homme et une femme, pas de petits animaux sans une femelle et un mâle, pas de fruits sans pollinisation. Cette réalité biologique est naturellement devenue une réalité anthropologique et les sociétés humaines se sont construites en fonction de cette altérité.
Accepter ladoption par un couple de lesbiennes ou dhomosexuels ce serait, en fin de compte, consacrer par la loi ou la jurisprudence un mensonge biologique et anthropologique, faire comme si deux femmes ou deux hommes
pouvaient avoir un enfant ensembles. Certes lenfant adopté par un couple hétérosexuel nest pas le fruit génétique de leur union mais ladoption reste conforme à la vérité biologique et anthropologique, elle est « vraisemblable ».
La famille est le fondement de toute société humaine, quelle que soit la civilisation concernée, or on ne peut fonder une société sur le mensonge, l illusion, la négation de la réalité. Montesquieu avait justement noté que l on ne pouvait toucher aux lois fondamentales « que dune main tremblante » Ici le risque est trop grand pour être couru car un autre aspect est en jeu lintérêt de lenfant.
Le droit à lenfant nexiste pas. Lenfant nest pas une marchandise et les pratiques de vente dovules ou de location dutérus reviennent à une commercialisation de lêtre humain. Ce que toute société civilisée se doit
de respecter, ce sont les droits de lenfant, le premier dentre eux étant d être élevé par une mère et un père. Pour structurer sa personnalité, pour se préparer à affronter la réalité de la société humaine, lenfant doit se
confronter à la réalité masculine et la réalité féminine. Le priver de ceci dans son foyer, cest lui faire courir des risques psychologiques que les adultes ne peuvent accepter pour lui.
Bien évidemment on nous opposera des arguments de comptoir de bistrot en soulignant quil existe des enfants malheureux dans les familles naturelles, que père et mère peuvent sentre déchirer comme le montre le nombre de
divorces. Certes, mais les couples homosexuels bénéficieraient-ils dune grâce particulière qui les mettrait à labri de toute dissension ou qui garantirait que des enfants leur étant éventuellement confiés seraient par nature bien traités ?
Est-ce parce que certains projets familiaux échouent, parce que certains
parents se révèlent indignes quil faut condamner la famille et les parents dans leur ensemble ?
A ce compte là, il conviendrait de considérer que la bonne santé nest pas quelque chose de souhaitable parce quil existe des maladies ou quil faut éviter de prendre le train parce quil leur arrive de dérailler.
Les hommes politiques, les gouvernants et les législateurs ont en charge le bien commun, non les désirs particuliers. Il ne sagit nullement de stigmatiser les personnes ou de procéder à une discrimination, car il ny a discrimination que lorsque lon traite de façon différente des situations identiques, ce qui nest pas le cas en loccurrence. Il sagit seulement de
préserver les droits de lenfant et son bien supérieur tout autant que le bien de la société.
La grandeur et lhonneur de lhomme politique est de savoir dire non.
Le Centre National des Indépendants et paysans ne désertera jamais le combat
des droits de lenfant et le premier dentre eux : celui dêtre élevé par un
père et une mère conscients de leurs responsabilités et redevables de leur
amour.