Le courage de dire, la volonté de faire
Aujourd’hui, j’ai décidé de donner la parole à un journaliste ? Bernard Lugan, éditorialiste sur le site « LUMIERES et LIBERTE ». Un mois après la « révolution » tunisienne et dix jours après le début des évènements égyptiens qui font la une des infos mondiales, je me demandais si un journaliste allait enfin écrire un article relatant la réalité des faits sans se laisser emporter par un enthousiasme révolutionnaire.
Pas plus que je ne supporte les « révolutionnaires » qui à Paris, (bien à l’abri dans le confort que leur offre en l’occurrence la France), manifestent contre le régime de leur pays, tunisiens, égyptiens, iraniens et bien d’autres, je ne supporte ce parti pris des correspondants de presse et autres envoyés spéciaux, et parfois spécieux, qui utilisent les évènements auxquels ils assistent à des fins partisanes sans aucun recul afin de manipuler un peu plus les opinions publiques occidentales.
Présenter les évènements de Tunisie et d’Egypte comme des mouvements similaires est une méconnaissance de ces deux pays, de ce qu’ils sont sociologiquement et économiquement, de leur rôle en Afrique et dans le monde, des comportements de leurs « dictateurs » ou bien une volonté délibérer de manipuler notre opinion publique au nom de la sacro sainte démocratie et des « universels droits de l’homme ».
Cet article publié sur le site « LUNIERES et LIBERTE » remet un peu les choses à leur place...pour ce qui est des journalistes, mais nombre de ces réflexions pourraient aussi être adressées aux politiques.
Je vous en souhaite bonne lecture, c’est un bon sujet de réflexions pour ce week -end qui sera encore bercé « télévisuellement » par les images en provenance du Caire.
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Réflexions sur la crise égyptienne
Après la Tunisie, l’Egypte s’est donc embrasée. Oubliant le « je ne blâme ni ne loue, je raconte », cette règle d’or de leur profession, les journalistes se sont une nouvelle fois faits les porte-voix des manifestants.
Se pâmant littéralement devant leurs actions, ils n’eurent pas assez de superlatifs pour décrire le « Peuple » égyptien unanimement dressé contre le « dictateur » Moubarak.
Tout a basculé dans leur petit univers borné de certitudes et d’approximations quand des partisans de ce dernier sont à leur tour descendus dans la rue ; et en masse. Il y avait donc deux peuples !!! Cette constatation avait de quoi perturber des esprits formatés. Durant un temps l’explication leur fut facile : les contre-manifestants étaient des policiers et des nervis payés[3] ; puis, horreur, ils découvrirent qu’il s’agissait d’habitants venus des « quartiers les plus pauvres». Ainsi donc, des miséreux osaient venir gâcher la grande célébration démocratique dont ils étaient devenus les porte-voix. Plus encore, ces gueux osaient, crime des crimes, s’en prendre aux journalistes, ignorant qu’en France, cette intouchable caste constitue un Etat dans l’Etat devant lequel rampent et se prosternent les plus puissants. Ils auront du moins retenu de leur séjour au Caire que sur les rives du Nil les références ne sont pas celles des bords de Seine et que les voyages sont plus formateurs que les écoles de journalisme.
Ces ignorants n’ont pas vu que la vie politique égyptienne est organisée autour de trois grandes forces.
La première, celle qui manifeste en demandant le départ du président Moubarak et pour laquelle ils ont les yeux si doux, est, comme en Tunisie, composée de gens qui mangent à leur faim ; il s’agit en quelque sorte de « privilégiés » pouvant s’offrir le luxe de revendiquer la démocratie.
La seconde est celle des Frères musulmans ; pourchassée depuis des décennies et aujourd’hui abritée derrière les idiots utiles, cette organisation tente de se réintroduire dans l’échiquier politique pour imposer sa loi.
La troisième force dont aucun « envoyé spécial » n’a jamais entendu parler est celle qui vit dans les quartiers défavorisés, loin donc de l’hôtel Hilton, ce spartiate quartier général des journalistes « baroudeurs », ou dans les misérables villages de la vallée du Nil, loin des yeux des touristes. C’est celle des fellahs besogneux, de ce petit peuple nassérien au patriotisme à fleur de peau qui exècre à la fois la bourgeoisie cosmopolite lorgnant du côté de Washington et les barbus qui voudraient ramener l’Egypte au X° siècle. Ce sont ces hommes qui ont volé au secours du Rais Moubarak en qui ils voient, à tort ou à raison, là n’est pas la question, un successeur, même lointain, du colonel Nasser.
Dernière remarque : pendant que la classe politique française sommait le président Moubarak de quitter le pouvoir, le président russe Medvedev avait un long entretien téléphonique avec lui, l’assurant qu’il s’élevait contre les ingérences étrangères. D’un côté des chiens de Pavlov levant la patte face à l’air du temps et de l’autre, un homme d’Etat familier des subtilités de l’ « orient mystérieux » …