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Le courage de dire, la volonté de faire

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La Lettre de M. de Rastignac.

Merci à "Valeurs Actuelles" pour cette lettre, hebdomadaire , signé de Monsieur de Rastignac. Je pense que vous allez aisément remettre les vrais noms sur ces personnages dont les seuls préoccupations sont leur carrière, la chasse au pouvoir et le gonflement de leur magot.

Ce qui semble avoir été oublié dans cet artuicle, c'est le fait que madame Michonneau n'est pas de nationalité française, qu'il a fallu pour obtenir ce poste de Présidente des ondes sonores et l'étrange lucarne internationales, c'est à dire la voix de la France à travers le monde, faire un tour de passe /passe législatif ! Une fonction aujourd'hui qui semble vouloir devenir un sac d'embrouilles pour les "heureus" bénéficiaires ! Comme quoi souvent dans la vie, même en politique alimentaire, les évènements se chargent de faire respecter une justice naturelle !

BB..................................................................................................................................................

Baker et Cie

 

Seul contre tous, il a autrefois plaidé sa cause. Il doit désormais prendre la défense de son épouse. « Dans une heure, dans un jour, comment souffrirons-nous / Seigneur, de ces gazetiers, le funeste courroux… » La voix profonde cherche la note, elle résonnera bientôt de salons en étranges lucarnes.

 

Gavroche, la gazette qui a osé s’en prendre à ce couple exemplaire, ne sera plus qu’une feuille thermidorienne, un autre Père Duchesne qui dénonce sans vergogne et sans preuve. L’ancien ministre et l’illustre gazetière traceront peut-être, une fois encore, la frontière qui sépare les ténèbres de la lumière, les basses rancunes du noble service de la Nation. Déjà leurs avocats rédigent leurs prosopopées, leurs amis (plus rares qu’hier) répètent dans leurs étranges cornets que c’est Voltaire qu’on assassine, qu’il n’est jamais digne de se pencher pour respirer les remugles du caniveau.

 

Certes, nous sommes là dans une sombre odyssée. Celle du secret, de l’espionnage, du soupçon. Une jeune dame – fidèle amie, dit-on, de Christine Michonneau, au point de la suivre d’une étrange lucarne à l’autre – saurait tout. Elle lirait, à en croire le dossier, les milliers de billets que rédigent et reçoivent chaque jour les dignitaires de nos ondes sonores et de cette étrange lucarne que l’on peut voir de Valparaíso au Monomotapa. Pour intercepter ces précieux messages, elle aurait été aidée d’un brillant conspirateur, capable de tout lire et de tout copier, qui travaillait autrefois pour la petite (et prospère) agence de Théodose Baker. Transactions, messages amicaux, comptes-rendus de mission, mais aussi des persiflages qui concernent Mme Michonneau : c’est un vrai livre d’heures que posséderait dans le secret de sa maison cette précieuse aide, ce Planchet en robe que M. Dumas lui-même n’aurait osé inventer. Son associé, lui, une fois la manoeuvre découverte, se serait empressé de détruire tous les doubles de ces messages…

 

« Je ne connaissais pas les obsessions de cette femme », assure Christine Michonneau. Nous saurons bien assez tôt ce qu’il en est. Mais reconnaissez que l’affaire est pour elle et pour son mari des plus embarrassantes. D’autant que, depuis des années, il n’est pas un jour à Paris où l’on n’évoque avec un rien de cruauté la passion de M. Baker et de Mme Michonneau pour le lustre du pouvoir. Ils en aiment tous les reflets, des bougeoirs d’or jusqu’à la plus petite pampille de cristal.

 

Je vous ai déjà raconté comment M. Baker, quand il était ministre, avait réservé toute une année la machine volante présidentielle au cas où il devrait partir en voyage. Les malheurs de Mme Michonneau ont réveillé dans mon esprit une réunion vieille de trois ans durant laquelle M. Baker avait révélé toute l’étendue de son talent. Elle m’avait été rapportée, à l’époque, par l’un de ses participants. Il y avait, ce jour-là autour de la table, M. Baker, ministre des Affaires étrangères, Mme Angélique Pimentel, qui était alors ministre des Arts et des Lettres, et deux ou trois conseillers.

L’heure est grave : il s’agit de choisir qui est capable de présider les ondes sonores et l’étrange lucarne internationales. Pour une telle charge, les noms évoqués sont rares et les timides propositions entrecoupées de longs silences.

 

« Non, il y aurait bien, commence à dire avec un mélange de gêne et d’autorité M. Baker. Il y aurait bien… Non, elle ne voudra pas. Pourtant elle saurait… » Le successeur de Talleyrand a son profil de renard. Il penche un peu la tête, en grimaçant, l’air soucieux. Il reprend : « Non, il y aurait bien, mais elle ne voudra pas… – Christine ? demande Madame le ministre des Arts et des Lettres sans parvenir à dissimuler un petit sourire. – Non, elle ne voudra pas. Ce qu’il faut, c’est que tu lui demandes, toi, reprend M. Baker. Si c’est toi, il se peut qu’elle accepte. »

 

Et c’est ainsi que Christine Michonneau, épouse du ministre des Affaires étrangères, a reçu sa prestigieuse charge. Il ne s’agissait pas en l’espèce de ce qu’il est convenu d’appeler un conflit d’intérêts. Seulement d’un sacrifice que faisait Mme Michonneau en faveur du ministre des Arts et des Lettres. Une sorte d’offrande à la Nation.

Que voulez-vous, pour elle comme pour M. Baker, la générosité est une seconde nature ! C’est pour cela que des envieux les calomnient. Ils donnent, mon cousin, sans relâche. Quoi d’immoral à ce qu’ils reçoivent, l’un et l’autre, au centuple ?

 

Christine Michonneau : gazetière, épouse de Théodose Baker ; Angélique Pimentel : ancien ministre des Arts et des Lettres.

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