Le courage de dire, la volonté de faire
Le "grand débat" sur l’identité nationale, annoncé dimanche par Eric Besson, sera "ouvert" le 2 novembre dans chacune des 100 préfectures et des 350 sous-préfectures où les réunions seront animées par le corps préfectoral et les parlementaires nationaux et européens, nous indique un communiqué du ministère.
Sans doute par manœuvre électorale mais évidemment parce que les événements quotidiens l’imposent, voilà qu’on s’interroge aujourd’hui sur l’idée nationale, sur l’identité nationale et que l’on en vient à se demander ce qu’est « être Français ». L’actualité de notre pays, l’abandon de nos frontières et de nos droits naturels à la souveraineté, l’immigration extraordinaire (puisque sans égal dans notre histoire) et ses conséquences évidentes font de ce débat un débat de la plus grande importance qui sera, il ne faut pas en douter, finalisé par un aveu d’impuissance discrètement chuchoté et un fatalisme consensuel.
On évoquera de façon incontournable la célèbre conférence donnée par Ernest Renan à la Sorbonne en 1882, et publiée par la suite dans les Discours et conférences, en 1887 : Qu'est-ce qu'une nation ? Comme d’habitude, on en tirera quelques phrases dont on usera à dessein en oubliant d’en citer d’autres : « L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. »
On évitera de citer Péguy pour qui, la « race française » relève d'une correspondance entre un peuple et une terre irriguée par des siècles de christianisme, et le christianisme est païen, au sens de paganus (paysan). C'est à cette vision de la nation qu'adhéreront plus tard Bernanos et de Gaulle (les gaullistes de 2009 ne le diront pas). Péguy qui fût un farouche opposant de l'universalisme facile : « Je ne veux pas que l'autre soit le même, je veux que l'autre soit autre. C'est à Babel qu'était la confusion, dit Dieu, cette fois que l'homme voulut faire le malin. ».
On est là à des années lumières de la volonté globalisante partagée par une large part de notre classe politique. Or, l’identité, c’est bien ce qui distingue de l’autre, notre carte d’identité n’est qu’à nous et nous identifie. Alors que certains réduisent l’identité nationale à des hôpitaux, des écoles ou autres services publics, voire à un confort matériel partagé, il convient de rappeler l’origine du mot « National ». Le mot « Nation » vient du latin « Natio » et signifie « Naissance ». Car il s’agit bien, même si cela n’est pas exhaustif, d’une transmission de génération en génération d’un héritage multiséculaire.
Vouloir réduire l’identité nationale à une vague volonté de « vivre ensemble », c’est oublier (volontairement) un peu vite que la Nation a une âme, qu’elle est unique et surtout que par définition, tout le monde n’en fait pas partie. Cela est valable, n’en déplaise à nos édiles, pour tous les peuples du monde. Nous sommes des hommes et des femmes, avec nos «Identités» avant d’être des consommateurs planétaires interchangeables.
Gérard Hardy
Président CNI Aude