Le courage de dire, la volonté de faire
PRAGUE - Le président américain Barack Obama s'est prononcé dimanche pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne qui contribuerait, selon lui, à améliorer les relations entre les Occidentaux et le monde musulman.
Le président américain Barack Obama s'est prononcé pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne qui contribuerait selon lui à améliorer les relation entre les Occidentaux et le monde musulman. (Reuters/Thierry Roge)
Le président français Nicolas Sarkozy a immédiatement réitéré son opposition sur ce sujet, un point de discorde entre les 27 membres de l'Union européenne.
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso s'est en revanche félicité de la prise de position d'Obama.
"Les Etats-Unis et l'Europe doivent considérer les musulmans comme des amis, des voisins et des partenaires pour combattre l'injustice, l'intolérance et la violence, et forger une relation fondée sur le respect mutuel et des intérêts communs", a dit Barack Obama dans une déclaration introductive au sommet Europe-Etats-Unis, à Prague.
"Aller vers une entrée de la Turquie dans l'Union européenne constituerait un signe important de votre engagement dans cette direction et assurerait que nous continuons à ancrer la Turquie fermement en Europe", a ajouté le président américain.
Lors d'une intervention télévisée à Prague, Nicolas Sarkozy a rejeté assez sèchement cette déclaration. "S'agissant de l'Union européenne, c'est aux pays membres de l'Union européenne de décider", a-t-il dit.
"Je suis opposé à cette entrée et je le reste, et je crois pouvoir dire qu'une grande majorité des Etats membres est sur la position de la France", a-t-il ajouté.
"PARTENAIRE PRIVILÉGIÉ"
Le président français a ajouté que "la Turquie est un très grand pays, allié de l'Europe et des Etats-Unis, elle doit rester un partenaire privilégié, ma position n'a pas changé et ne changera pas".
La chancelière allemande Angela Merkel a souligné que de bonnes relations entre l'UE et le monde musulman servaient l'intérêt de tous mais a reconnu des divergences entre les Vingt-Sept sur une adhésion de la Turquie.
"Il est clair qu'il y a des opinions différentes", a-t-elle dit.
Elle a ajouté que la forme des futurs rapports entre l'UE et la Turquie n'était pas encore claire, allusion à l'idée de "partenariat privilégié" au lieu d'une adhésion pure et simple, une formule qui recueille les suffrages des conservateurs français et allemands.
Ce sujet est très sensible dans l'Union. Les soutiens de l'adhésion de la Turquie soulignent les liens économiques du pays avec l'Union et de nombreux autres points de convergence, à commencer par Istanbul, l'ancienne Constantinople, qui fut pendant des siècles la capitale de l'Empire romain d'Orient.
Les partisans d'une Turquie dans l'UE font aussi valoir sa constitution laïque, son économie tournée vers l'Union et son appartenance à l'Otan, les millions d'immigrés déjà installés sur le continent européen, voire la participation des clubs de football turcs et de son équipe nationale aux compétitions européennes.
Nicolas Sarkozy, qui avait déclaré durant sa campagne qu'il ferait obstacle à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, a cependant consenti en 2007 à l'ouverture de certains nouveaux chapitres de négociation avec ce pays, ce qui fait que le dossier d'une éventuelle entrée dans l'UE n'est pas refermé.
La réforme constitutionnelle de l'été 2008 en France a permis aussi de laisser une porte ouverte à la ratification d'une éventuelle adhésion de la Turquie, puisqu'elle prévoit désormais non plus un référendum obligatoire mais un choix possible entre la voie référendaire et la ratification par voie parlementaire.
La déclaration du président Obama intervient aussi après un bras de fer entre la Turquie et les autres membres de l'Otan, qui ont finalement obtenu samedi la désignation du Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen au poste de secrétaire général de l'Alliance atlantique.
Les Turcs lui reprochent la manière dont il a géré l'affaire des caricatures de Mahomet, publiées initialement dans un journal danois en 2006. Ils lui tiennent aussi rigueur de n'avoir pas pu fermer une télévision kurde, proche de la guérilla du PKK, qui émet du territoire danois.
Jean-Baptiste Vey, avec Thierry Lévêque à Paris
Par Reuters, publié le 05/04/2009 à 15:11 - mis à jour le 05/04/2009 à 18:36